Interview de Richard Bellia

Cela fait plusieurs années que nous connaissons Richard Bellia à travers ses images. Comme le magazine traite de musique, c’était donc une obligation pour nous de vous présenter l’un des plus grand photographes de la discipline. C’est avec un grand plaisir que Cyrille a pu lui poser ses questions entre rinçage et séchage d’une série de photos.

Interview richard bellia
Cyrille : Bonjour Richard. Depuis combien de temps fais-tu de la photo de musiciens ?

Richard : J’ai commencé en Octobre 1980.

Richard Bellia Nirvana
Nirvana 1991 – © Richard Bellia

Cyrille : Tu as commencé par autre chose avant  ?

Richard : Non non, je me suis acheté un appareil photo et puis j’y suis allé tout de suite. Si on veux parler des premières photos que j’ai faites, je suis allé tout de suite à des concerts qui étaient plutôt bien. Je n’allais pas à des concerts tous les deux jours. J’habitais en Lorraine et c’était pas du tout un endroit où il y avait beaucoup de concerts et rapidement il y avait des concerts vachement bien, de l’époque. C’est à dire Simple Minds, The Cure, Peter Gabriel enfin les années 80 tu vois. Du coup c’est pas mal car j’ai plus ou moins toujours choisi ce que je voulais photographier ou alors, si je ne choisissais pas vraiment qui, c’était toujours dans l’univers dans lequel je voulais aller.

Cyrille : Maintenant tes photos sont connues un peu partout dans dans le monde, est-ce que tu arrives à en vivre raisonnablement ?

Richard : C’est un pari que j’ai lancé il y’a 5 ans, en 2007 quand j’ai sorti mon 1er livre qui s’appelait « Un œil sur la musique ». Là il fallait que je prenne une décision un peu sérieuse sur la manière dont j’allais travailler à l’avenir. C’est à dire que l’idée de vendre trois photos à un journal de rock puis passer deux photos dans Télérama, puis faire un plan hypothétique avec un groupe qui veux faire un truc, j’ai fait un pli comparé à beaucoup de monde, les gens des médias, les rédacteurs en chef, les services photos. Il faut réussir à avoir beaucoup de monde pour vendre une photo. Elle fait son parcours du combattant c’est a dire que t’as le plan, tu fais la photo et elle est bonne, tu la montres, on la passe, tu la factures et tu l’encaisses. Il y’a des gens qui y arrivent, la plupart habitent Paris ou en banlieue parisienne et font un peu le tour de leurs quatre ou cinq clients qui sont du Nouvel Observateur à Flamarion qui cherchent une photo. Tous les gens qui ont un budget et qui payent des photos. Et ça c’est tellement épuisant et aussi sans espoir surtout avec le numérique, maintenant les photos se mettent tellement à circuler que pour les vendre c’est plus possible. Comme mon stock est assez joli, comme il est en argentique il est assez bien conservé et qu’il s’étale dans le temps, c’est à dire sur 30 ans et dans l’espace parce que c’est fait un peu partout, au final ça prend une vrai belle épaisseur et quand tu tires bien tes photos, que tu les sèches, que tu les encadres, que tu les accroches et que tu les éclaires, bref quand tu exposes ton travail, ça devient super joli.

The Cure Richard Bellia
Robert Smith (The Cure) – © Richard Bellia

Cyrille : Oui j’avais pu voir notamment l’expo que tu as faite au Transbordeur à Lyon, j’étais venu juste pour les photos et en plus pour le vernissage on a eu un super show, l’expo était vraiment chouette.

Richard : Ça a de la gueule hein quand même, enfin… Après les deux trois problèmes que j’ai avec cet expo, j’aurais peut-être changé trois photos puis aussi, c’est inhérent à la salle mais on ne pouvait pas mettre de verre pour des raisons de sécurité du coup les photos étaient sous plexiglas ce qui cache un peu les photos. Mais on avait pas le choix c’est comme ça. Tout ça mis à part, quand ils ont allumé la lumière j’ai trouvé ça juste incroyable.

Cyrille : Quel artiste t’a le plus frappé lors d’une séance photo ? Ton meilleur souvenir ?

Richard : J’en ai pas particulièrement. En fait si ton rendez-vous est réussi c’est que t’es revenu avec une bonne photo. Ça c’est le numéro un. Après en second si tu reviens avec une bonne histoire alors là ça devient rigolo mais si t’as que l’histoire et que t’as pas la bonne photo, ton histoire elle est toute pourrie. (rires)
Y’a une nana qui est vraiment pas facile à photographier c’est Catherine Ringer. Vraiment elle envoie chier tous les photographes. L’autre jours je discutais avec un copain qui fait de la photo, qui me disait que Catherine Ringer était passé dans son village et que c’était super, ils avaient passé la soirée a fumer des pétards. Je lui demande s’il a fait des photos, il me répond que non. Je lui ai dit. bah elle est con ton histoire. Si tu me montre une photo qui défonce et tu me dis mais putain on a fait ça, on a passé la soirée à boire des coups et dire des conneries je vais faire « Mais mortel ».

Richard Bellia Kraftwerk
Kraftwerk – © Richard Bellia

Cyrille : T’as fait pas mal de photos du monde du rock, c’est vraiment ce que tu kiffe le rock ?

Richard : Oh oui j’aime beaucoup bien sûr. Après j’ai travaillé aussi pour de la presse qui parlait de musique électronique ou de hip-hop. J’ai fait aussi des photos de tout ça et régulièrement je rencontre des zicos qui font de la techno et tout ça et je continue parce qu’il y’a des trucs qui sont quand même vachement bien notamment avec des mecs très précis. Les mecs dans l’électro tu les sèche complètement avec deux trois photos. Tu leur dit j’ai photographié Kraftwerk et Fella Kuti les mec il te disent bah j’ai deux boutons qui font de la techno chez moi, un qui fait du Kraftwerk et un qui fait du Fella Kuti, je mélange les deux puis ça fait de l’électro super bien. C’est vraiment les deux piliers. J’ai fait des photos récentes de Nicolas Jaar, des photos de Coldcut au début de leur carrière. Les mecs tu leur montre quatre photos ils te disent bon bah t’as vu tout le monde toi c’est bon. Vraiment l’électro c’est trop facile.

Cyrille : T’aimerais photographier qui prochainement ?

Richard : J’aimerais bien faire des photos avec un musicien français qui s’appelle H Burns. J’essaie aussi d’aller dans des endroits plutôt que rencontrer des chanteurs, prendre des lieux.

Cyrille : Tu joues de la musique à coté de ton métier ?

Placebo richard bellia
Placebo – © Richard Bellia

Richard : Non pas du tout, par contre j’en écoute beaucoup. J’ai essayé à peu près tout sauf la batterie et en fait je n’ai pas la patience.

Cyrille : Y’a un truc très plaisant chez toi c’est que tu travailles exclusivement en argentique. Est-ce que tu pense un jour passer au numérique ou bien cela reste une nécessité pour toi comme d’enregistrer un album en analogique ?

Richard : C’est une absolue certitude parce que c’est vachement plus beau et vachement plus fun. Y’a rien de pire qu’une bonne photo numérique. Tu tes bouffe les couilles de ne pas l’avoir faite en argentique. Surtout si ta photo est bonne. Après quand j’ai bu deux verres de vin et que je discute avec des ptits jeunes qui me montrent leur fonctionnalités moi je m’énerve. Le photos ça demande du travail. Là tu vois elle sèchent. Ça me fait mal au cœur de voir des gens qui se donnent du mal avec un numérique mais bon c’est leur problème quoi.

Cyrille : T’écoutes quoi en ce moment comme musique ?

Richard : Le Klub des Loosers, Kiss me Kiss me Kiss me de the Cure, François Virot, The Brian Jonestown Massacre, Funkadelic l’album Maggot Brain et c’est à peu près tout ce qu’il y’a sur le haut de la pile en ce moment.

Joe Strummer Richard Bellia
Joe Strummer (The Clash) – © Richard Bellia

Cyrille : As-tu un conseil à donner à des musiciens qui aimeraient vivre de leur passion comme toi de la photo ?

Richard : Je leur conseillerais de calculer leur originalité. Est-ce que vous êtes un peu originaux les gars ou est-ce que vous êtes la 28eme version de BB Brunes ? Prenez trois secondes pour écouter le bruit que vous faites et posez vous la question de savoir si vous êtes un tout petit peu originaux ou pas.

Cyrille : Alors depuis cinq ans tu sort régulièrement des livres, est-ce que t’en as un en préparation ou pas ?

Richard : Je prépare un livre qui s’appelle Un œil sur la musique, comme mon 1er livre qui faisait 2 kg et qui parlait de 25 ans de musique et la il va parler cette fois ci de 30 ans de musique, j’ai rajouté 5 ans, et il fera 4 kg.

Cyrille : Tu veux rajouter quelque chose pour les lecteurs ?

Richard : Non pas grand chose a part merci de votre attention et à bientôt.

 

 

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